Quand il est là, c'est fête.
Le soleil perce d'un coup ses nuages après des siècles de lumière morte. Elle s'éveille dans une aube de cristal au son du chant des oiseaux, parfumée des effluves des fougères et des premières fleurs de lilas, sa voix comme les hoquets du ruisseau qui caracole sur les pierres au printemps. Dans sa bouche, le goût du beurre fondant sur une tranche du pain de sa grand-mère, des fraises nappées de crème, cueillies une à une dans ses champs. Sur une balançoire à sa taille, elle s'élance, s'envole et touche le ciel du bout des pieds pendant des heures. Chante à voix haute et danse, danse sans se soucier d'être vue ni entendue. Embrasse tous les passants et rit à la face des étoiles les mots interdits.
Fête. À vouloir tout refaire.
Fête.
Jusqu'à ce que sa comédie le rappelle, l'éloigne à nouveau. Jusqu'à ce que ses marées l'emportent, qu'il détourne la tête et se laisse happer par l'ordinaire. Et qu'il faille alors choisir son renoncement : volontaire ou imposé. Pour le renoncement préventif, il sera trop tard.
Alors, alors, toutes les lumières s'éteindront. Les arbres d'un jour d'un coup se flétriront. Des premiers bourgeons du printemps, son coeur passera directement à l'hiver, un hiver sans fin, sans neige, un hiver de démesure où la cendre recouvrira toute chose. Où la vieillesse s'invitera à sa table, dans sa couche, lui volera sa beauté, fera trembler sa main, vaciller son pas, rancira son pain, la desséchera tout entière.
Et qu'il s'accomplisse avec ou sans dignité, à l'arraché ou de plein gré consenti, peu importe le renoncement; quand il part, c'est à elle-même qu'elle fait ses adieux.
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