mardi 26 juillet 2011

Nécessaire

J'aurais voulu que les choses se passent autrement. À haute voix, ma main serrant la sienne.

J'aurais voulu ne pas avoir à dire le noir, l'absence, l'abandon, la folie, vision que j'avais de mon côté de miroir.

J'aurais voulu être encore capable d'encaisser et garder la surface de l'étang lisse, lisse...

Mais je n'ai pas pu.

Je ne peux plus.

mercredi 20 juillet 2011

Échecs

Le prochain coup est toujours au dessus de tes forces.

Je le sais. Tu le sais.
Tu sais que je le sais.

Autrefois, ton fou prenait ma reine et mettait mon roi à genoux, sans que je puisse rien y faire. Aujourd'hui, tu ne me prends que quelques pions, une tour, parfois un cavalier. Je te vois venir.

De guerre lasse, nous abandonnons la partie, sans avoir totalement perdu ni réellement gagné.

Mais un jour, un jour, je t'aurai.

dimanche 17 juillet 2011

Fête

Quand il est là, c'est fête.

Le soleil perce d'un coup ses nuages après des siècles de lumière morte. Elle s'éveille dans une aube de cristal au son du chant des oiseaux, parfumée des effluves des fougères et des premières fleurs de lilas, sa voix comme les hoquets du ruisseau qui caracole sur les pierres au printemps. Dans sa bouche, le goût du beurre fondant sur une tranche du pain de sa grand-mère, des fraises nappées de crème, cueillies une à une dans ses champs. Sur une balançoire à sa taille, elle s'élance, s'envole et touche le ciel du bout des pieds pendant des heures. Chante à voix haute et danse, danse sans se soucier d'être vue ni entendue. Embrasse tous les passants et rit à la face des étoiles les mots interdits.

Fête. À vouloir tout refaire.

Fête.

Jusqu'à ce que sa comédie le rappelle, l'éloigne à nouveau. Jusqu'à ce que ses marées l'emportent, qu'il détourne la tête et se laisse happer par l'ordinaire. Et qu'il faille alors choisir son renoncement : volontaire ou imposé. Pour le renoncement préventif, il sera trop tard.

Alors, alors, toutes les lumières s'éteindront. Les arbres d'un jour d'un coup se flétriront. Des premiers bourgeons du printemps, son coeur passera directement à l'hiver, un hiver sans fin, sans neige, un hiver de démesure où la cendre recouvrira toute chose. Où la vieillesse s'invitera à sa table, dans sa couche, lui volera sa beauté, fera trembler sa main, vaciller son pas, rancira son pain, la desséchera tout entière.

Et qu'il s'accomplisse avec ou sans dignité, à l'arraché ou de plein gré consenti, peu importe le renoncement; quand il part, c'est à elle-même qu'elle fait ses adieux.

vendredi 15 juillet 2011

La voie du milieu

Elle cherche encore. La manière, la voie, ce milieu qui lui permettra d'accueillir, de ressentir, d'être et de s'appartenir tout en renonçant.

Quand elle renonce à lui, elle se coupe d'elle même et de sa faculté de voir, d'apprécier le monde, de ressentir, d'aimer. De vivre.

Quand elle replonge en lui, lui qu'elle ne peut pas avoir, c'est elle qu'elle retrouve et touche. Elle se remet à respirer. À vouloir. À être.

Lui a-t-elle donné son âme, ou est-ce lui qui lui en a donné une ?