dimanche 29 mai 2011

Portée disparue.
Évanouie.
Morte.
Depuis 3 ans.

Qui s'en est aperçu ? De ce nombre, qui s'en est seulement soucié ?

S'écouter parler peut se révéler (parfois) utile.

Toujours le même refrain, qu'elle marmonnait en boucle, entre deux soupirs : si seulement on m'avait appris à (insérer ici l'habileté à vivre de son choix) : me nourrir de grand air, me respecter et croire en moi, choisir une pièce de viande, apprécier le silence et la lenteur, savoir lire la beauté quand je la croise, avoir confiance, faire confiance, aborder les inconnus, sortir de la ligne droite, etc.

Invariablement, en secouant la tête et en réprimant une larme sincère, mais ô familière, elle enchaînerait avec son autre litanie : au lieu de quoi, je sais parcourir les circulaires à la recherche d'aubaines, faire des provisions pour les jours difficiles, me préparer à une perte d'emploi, encaisser les coups, serrer les dents, baisser la tête, chialer, m'en remettre au bon vouloir des autres et aux mains des chirurgiens, etc.

Mais ce matin-là, elle s'arrêta net dans son élan : on lui avait appris à être pauvre. Et à le rester.

jeudi 26 mai 2011

Petit rien du matin*

Il ne me connaît pas, ne me parlera pas, ne me reverra pas.

Il a simplement posé les yeux sur moi.




*Circa 2006

dimanche 22 mai 2011

Deux mots

Se chevauchent les élans, les lignes de force. Au sol, en miettes, des morceaux de bonnes volontés. La giffle ne vient jamais; elle se distille, longue, lente, discrète, dans le silence aveugle des murs de sa maison. 

Pas capable.


mardi 17 mai 2011

Cartographie

On a beau savoir que sa vérité réside au fond de soi, trouver le chemin qui y mène relève de l'exploration géographique. De quel héros a-t-on besoin ? D'un Indiana Jones ? D'un Samuel de Champlain ? D'un navigateur ou d'un aventurier ? Laissez-vos noms à la consigne.

samedi 14 mai 2011

Libre-échange

Ils me tendent souvent la main.
J'y glisse un grand sourire, au lieu d'une poignée de p'tit change.

- Vous êtes très jolie, mademoiselle.

mardi 10 mai 2011

Les signes de l'âge

Réveil.
Café.
Questions.

Pourquoi s'agripper autant à la cohérence ? Pourquoi s'en réclamer, s'y rattacher comme un noyé à sa bouée alors que cette dernière n'est souvent qu'un bloc de béton déguisé dont la mission est de nous précipiter vers le fond ?

Les frontières qu'on se refuse souvent à franchir au nom de la cohérence n'en dévoilent pas un souci sincère, mais plutôt une envie folle de digression. La violence du refus est égale à celle de l'envie. Si rattacher les uns aux autres des bouts de ficelle peut procurer un semblant de sécurité, le geste n'asseoit pas les fondements d'une cohérence globale aussi grande et noble qu'on voudrait la croire. Ce n'est qu'avec le recul que se dégagera la trame de fond et qu'émergera la démarche d'une vie. Et sa couleur : pissou, rebel, chercheur d'étoiles, amateur de drames, collectionneur de grenouilles et d'estropiés.

Ce jour de l'an de grâce 2011, j'aspire à pratiquer le questionnement de mes réponses conditionnées et automatiques. Et à me foutre un peu plus de ma prétendue cohérence.

samedi 7 mai 2011

Le plan

Tant qu'à en être réduite à tout faire dans l'ombre, autant en tirer le meilleur parti : elle sera heureuse en cachette.

lundi 2 mai 2011

Le Doute

Elle ne se rappelle pas comment faire.

Ce n’est pas comme la bicyclette, ça ne revient pas spontanément en remontant en selle. L’exercice s’apparente plutôt à chausser des patins pour la première fois depuis 20 ans, à mettre le pied sur la glace et à comprendre aussitôt pourquoi on n’avait pas retenté l’expérience avant.

À force de se péter la gueule à répétition, elle en vient à croire qu’il s’agit de talent. D’un truc du genre on l’a ou on l’a pas. L’avait-elle déjà eu, ou bien faisait-elle semblant ? Quand elle se bardasse la mémoire, quand elle se gratte le bobo du souvenir, à part la poussière, seules la difficulté, la honte et la dissimulation remontent, attirées par l’aimant ferreux du présent.